Deux ans passés en Californie. Je ne sais pas trop pourquoi je n’ai pas plus blogué ici, ce n’est pas les choses vues, faites, et entendues qui manquent pour trouver l’inspiration pourtant. Je vais essayer de changer ça pour les temps à venir.
Ca fait aussi plus de 5 ans que je bosse au centre de recherche à Nokia. 3 ans en Finlande, 2 ans à Palo Alto. Je vais fêter mes 6 ans en Juin prochain. Le changement a été important, assez pour avoir un peu l’impression de changer de boite.
J’ai eu quelques surprises les premiers mois ici. Je m’attendais à trouver des ingénieurs et chercheurs avec un sens aigu du challenge, qui techniquement se pousseraient à toujours faire mieux, donc ouverts aux opinions et idées d’autres personnes. Et bien, pas forcément. Les Californiens se disent et souvent prétendent à cela, mais dans les faits, les gens prennent l’avis des autres très personnellement et se braquent facilement. La baie est le lieu des comportements passifs-aggressifs. Je me posais pas mal de questions les premières semaines jusqu’à ce que je discute avec des Américains de New York qui eux aussi avaient eu à s’adapter aux traits particuliers des gens de la baie.
Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Et bien après une présentation d’un projet, d’une idée, d’un commentaire – de quoique ce soit venant d’une personne – il faut parler positivement de l’idée et doucement amener votre avis dans votre discours, mais sans trop en faire.
A fait la présentation d’une idée: “Notre application pour téléphones mobiles s’adapte parfaitement au style de vie de l’utilisateur, en réagissant et en lui proposant à tout instant la fonction ou l’application que l’utilisateur va vouloir utiliser en fonction de son contexte, de l’endroit, de l’heure, etc. Par exemple, l’utilisateur reçoit un appel de sa femme qui va accoucher alors qu’il est dans un meeting avec son chef. Le téléphone qui était en mode silence va l’alerter néanmoins parce que l’appel est a priori très important. Tout cela fonctionne grâce à un profile de configuration que l’utilisateur créé et personnalise. C’est très facile, car l’interface de configuration graphique lui permet de créer des groupes de personnes, et des règles avec différents niveaux de détails pour toutes les situations qui lui sont spécifiques. On a fait des tests utilisateurs dans notre lab, et les résultats sont excellents et prometteurs.”
B fait un commentaire non-Californien: “J’ai des doutes sur vos résultats des tests utilisateurs. On a fait des choses similaires, et l’approche de configurations complexes est une voie sans issue pour les téléphones mobiles. Les gens ne veulent simplement pas passer de temps à configurer quoique ce soit, et on en a la preuve à chaque fois. “
C fait un commentaire typiquement Californien: “Merci pour la présentation, c’était très intéressant. Les problèmes que vous addressez sont importants et j’ai bien aimé le scénario que vous avez utilisé qui représente bien les challenges qui restent à résoudre pour les téléphones mobiles. L’approche de demander à l’utilisateur de configurer des règles pour personnaliser le téléphone peut néanmoins avoir quelques inconvénients et ce n’est pas toujours facile d’utilisation. Quels sont à votre avis les challenges posés par cette approche et comment vous les avez résolus?”
Quelqu’un m’a dit qu’il essayait toujours de dire trois choses positives avant de donner son avis (avis qui reste souvent adouci). Alors bien sûr, il y a des groupes, des entreprises où les gens ont une approche plus ou moins directes. Mais en règle générale, c’est une bonne idée d’adopter un comportement très consensuel, et non conflictuel.
La culture et l’éducation française font que les Français sont prompts à trouver en premier les points négatifs d’une idée. Ce n’est pas que c’est mauvais en soi, mais le fait est que le système de pensée des Français est formé depuis le collège aux structures thèse-antithèse-synthèse. Notre cerveau va tout de suite penser à contrer une opinion (antithèse), et pas forcément à la supporter (thèse). C’est dur de changer des automatismes de pensée, mais c’est tout à fait faisable avec l’habitude (et surtout l’envie).