J’ai eu la chance de venir présenter notre démo SensorComix à TEI 2010 organisée à Boston au Media Lab du MIT. C’était bien sympa de passer 3 jours dans le nouveau batiment du Media Lab. TEI n’est pas vraiment le genre de conférence à laquelle je suis habituée. TEI est l’abbréviation de Tangible, Embedded and Embodied Interaction, ce qui veut dire Interactions tangibles, embarquées et incarnées (?). Comme toujours, les traductions des nouveaux domaines technologiques sont assez délicates.
Wikipedia n’a pas encore de version française pour Tangible User Interface, absence qui pointe encore une fois le retard de la recherche française en la matière.
Une interface utilisateur tangible, c’est une interface utilisateur grâce à laquelle l’utilisateur interagit avec des informations digitales à travers l’environnement physique. Par exemple, dans la démo SMSlingshot, il s’agit d’utiliser un lance-pierre (objet réel) pour tirer un message (objet digital) en direction d’un écran ou d’une projection d’écran (environnement physique comme une la façade d’un batiment par exemple). Le lance-pierre contient un petit écran et un clavier pour taper un court message type SMS. Une fois que l’utilisateur active le lance-pierre, l’écran affiche le message sous forme de tag ou graffiti, comme une balle de peinture explosée sur un mur, avec le message écrit dedans. L’ensemble lance-pierre et écran ou projection constitue une interaction tangible.
D’abord, très bon point pour TEI, toutes les publications sont disponibles directement à partir du site. Pendant la conférence, toutes les présentations ont été enregistrées sur vidéo et transmises live, et seront accessibles du site Web bientôt. Le flux Twitter n’était pas super actif pendant la conférence, ce qui n’est pas plus mal du reste.
90 projets ont été acceptés, avec près de 30 démos présentées dans la session démo, et 30 publications présentées dans les sesssions principales.
Le domaine de recherche couvert par TEI est relativement jeune (la première conférence TEI a eu lieu en 2007), et la communeauté dynamique, relaxe et accessible. La jeunesse du domaine et le fait que la communeauté soit particulièrement enclin à créer et implémenter des idées, et soit aussi très sensible aux arts et design font que – c’est mon avis – les gens sont restés humbles et ne se prennent pas la tête. Ca a été un plaisir d’assister et de participer à la conférence.
L’émergence ces dernières années et l’utilisation de plus en plus facile et peu couteuse de différentes plateformes de développement hardware et software ont rendu la création de prototypes tangibles beaucoup plus faciles. Les platformes telles qu’Arduino sont particulièrement populaires non seulement parmi les étudiants et chercheurs, mais aussi les designers, artistes, éducateurs et enseignants.
Je pense qu’à l’heure actuelle, la communeauté TEI a un peu de mal à positionner son travail. Le but est-il de créer des objets ou environnements utiles aux gens, par exemple, des applications éducatives pour les enfants, de comprendre comment on peut améliorer les interactions utilisateurs classiques en incorporant des composantes d’interaction tangibles? Ou bien les projets restent-ils du domaine de l’art: certes beaux, nouveaux, intéressants et parfois provoquants, mais d’utilitée pratique limitée? D’un point de vue scientifique, les projets relèvent parfois plus du domaine artistique ; et d’un point de vue utilisateur lambda, les mêmes projets sont plutôt ceux de maniaques d’informatique et d’électronique.
Dans tous les cas, l’apprentissage de plateformes type Arduino par les jeunes et même très jeunes est très intéressante. Des évoles américaines initient à la programmation des élèves de CM2 en utilisant des plateformes telles que Scratch, Arduino, ou une combinaison des deux avec Scratch for Arduino.
J’ai participé l’après-midi du deuxième jour à un studio (pdf) d’initiation à Scratch pour Arduino. C’était très bien organisé, et j’ai pu m’amuser à faire briller une diode en fonction de la lumière reçue par un détecteur de lumière. Après ça j’ai fait une version pour générer des sons en fonction de la lumière détectée, comme le montre la vidéo dessous (le son est mauvais).
Je vais aussi recommender à ma soeur qui aime coudre et créer des sacs et vêtements d’essayer Scratch et la plateforme hardware Lilypad Arduino, qui permet de coudre et d’intégrer dans des textiles des composants électroniques tels que capteurs, accéléromètres et diodes cousus et reliés à la carte microcontrolleur par des fils conducteurs.
A quand Scratch et Arduino dans les écoles françaises?!



